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De Barcelone à Bordeaux, les cœurs de ville semblent condamnés à tous se ressembler. Les grandes enseignes et les chaînes de magasins remplacent les commerces indépendants. Dans quelques semaines, au moins trois magasins historiques du centre de Bordeaux vont fermer.
Béjottes, la quincaillerie, installée aux Grands Hommes depuis 1830, va cesser définitivement son activité le 12 mai prochain. Des panneaux affichant « - 40% » recouvrent toute la vitrine. Des prix cassés qui indiquent la liquidation du stock avant fermeture. Les patrons Franck Lopez et sa femme ont choisi de vendre leur fonds de commerce. Mais ils préfèrent ne pas s’étendre sur les raisons de leur décision. Tout juste confirment-ils qu’ils ont décidé de céder leur magasin à leur plus proche voisin, le pharmacien Nicolas Baysset qui en possédait déjà une partie. Une autre institution du commerce bordelais devrait dans la foulée, fermer ses portes d’ici quelques semaines. Grand Quartier, le magasin d’habillement de la rue Sainte-Catherine est à vendre. « J’ai des contacts en vue d’une transaction » assure Hervé Castelle, l’un des patrons. Prudent, il préfère ne pas dévoiler le nom de l’acheteur ni le montant de la transaction dans l’immédiat et donne rendez-vous à la fin du mois de mai pour une annonce officielle. Même sort pour Domino, les patrons n’ont pas trouvé de repreneur pour poursuivre la vente de jouets. Le magasin de jouets va tirer le rideau à la fin du mois de juin.
Fonds de commerce : flambée des prix Jean-Charles Bron, conseiller municipal en charge du commerce à la Mairie de Bordeaux suit toutes ces transactions de près. Mais il avoue ne pas pouvoir lutter contre un phénomène qui touche toutes les villes. « Partout, on assiste à l’implantation d’enseignes à succursales multiples. Ce sont les seules qui disposent d’une puissance financière suffisante pour s’installer en centre-ville » explique-t-il. « Grand Quartier n’était plus vraiment dans l’air du temps, c’est normal qu’il cède la place (sûrement à un Mango, ndlr). Mais ce qui m’inquiète davantage c’est la flambée des prix des fonds de commerce. Dans les cas de Béjottes ou du Régent, place Gambetta, les patrons ont vu qu’ils pouvaient obtenir des sommes importantes. Et même si nous avons la possibilité de préempter, nous ne pouvons pas nous aligner sur les prix. » Pour donner un coup de pouce aux commerces qui résistent au rouleau compresseur des grandes enseignes, l’élu compte plutôt sur d’autres dispositifs. En partenariat avec l’association de commerçants la Ronde des quartiers, le centre commercial Auchan Mériadeck va ainsi distribuer d’ici quelques jours, des bons de fidélité à utiliser dans les petits commerces du centre-ville.•
Michard Ardillier fait de la résistance Dans la rue Sainte-Catherine, quelques commerces indépendants continuent quand-même de résister aux Zara, H&M et autres Minelli. Depuis 1978, le chausseur Michard Ardillier a su fidéliser sa clientèle et s’imposer comme la boutique de référence en matière de chaussures. Il faut dire que les propriétaires savent de quoi ils parlent. Dans la famille, on est bottier depuis cinq générations. « Mon grand-père gérait les magasins Michard Ardillier à Périgueux et il a aidé mes parents à lancer leur boutique à Bordeaux » raconte Colin Michard qui assure aujourd’hui la direction du magasin avec ses parents. « Quand nous avons ouvert, se souvient Pierre Pascal, le père, la rue sainte-Catherine ne ressemblait pas du tout à ce qu’elle est aujourd’hui. Il n’y avait que des commerces indépendants. C’était super dynamique. Petit à petit, certains ont commencé à vendre la moitié de leur pas de porte à des grandes chaînes, puis l’intégralité. » La famille a choisi de résister et de réorienter son offre pour lutter contre « la concurrence féroce ». D’abord boutique familiale où le rayon enfant représentait 30% du chiffre d’affaires, Michard Ardillier propose depuis quelques années des modèles plus haut de gamme avec de nombreuses marques distribuées en exclusivité sur Bordeaux. « Nous proposons des produits de qualité et nous travaillons sur le service » précise Colin Michard. « Nous avons aussi essayé de dynamiser le magasin en faisant de l’événementiel en organisant des concerts ou des expositions. » Forts de cette stratégie, les patrons refusent régulièrement des offres d’achat pour leur commerce et ont bien l’intention de continuer leur activité sachant qu’ils disposent d’un « pas de porte en or. »•
Stéphanie Lacaze
photos Anthony Rojo
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