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Découvert à la faveur de ses chroniques assassines à la radio, Régis Mailhot, trublion à l’humour vachard mais qui frappe juste, rend son «Rapport Mailhot» ce soir sur la scène du Fémina.
Longtemps il a joué les marioles derrière le micro aux côtés de Stéphane Bern dans l’émission d’Inter «Le Fou du Roi». Désormais, il mène de front une chronique matinale sur RTL et la tournée de son «Rapport», qui dépasse déjà les 200 dates en 2 ans. Un one-man show à géométrie variable, réécrit sans cesse, pour coller au plus près à son domaine de prédilection : la «people-itique», comme il l’appelle.
Est-il vrai que ce soir, à Bordeaux, vous jouez l’une de vos dernières dates de votre «Rapport» ? Tout à fait. Dans ce spectacle, je joue un employé de bureau à l’Élysée, et je suis mandaté par mon patron, dont le portrait trône sur mon bureau, pour vendre la France. Que le Président en poste reste ou pas, je passerai à un autre spectacle après. Mais en attendant, la France est toujours à vendre – et pour bien la vendre il ne faut pas oublier de détailler ses travers. Donc, je passe tout en revue, je tape à gauche, à droite, dans les extrêmes – la période est propice à un droit d’inventaire sur mes cinq années au Palais. Ce personnage, cette vie de bureau, me permet d’évoquer les coulisses de l’Élysée et de la politique. Tout en restant proche des gens, parce qu’on a tous, ou presque, un patron au-dessus de nous. Et quel patron ! Je dis souvent que les États-Unis ont hérité d’un grand noir à la Maison Blanche, tandis que nous, on a eu un petit blanc au Cap Nègre.
Votre spectacle n’est jamais le même chaque soir, un peu à la manière de Guy Bedos. C’est un travail de réécriture permanente ? Pas exactement. Disons que je me sers, consciemment ou pas, de mes chroniques quotidiennes à la radio. Selon l’envie, le public, j’improvise plus ou moins. Et je partage avec Guy le fait de faire une revue de presse, à la fin de mon spectacle. C’est très flatteur d’être classé dans la même catégorie que lui, parce que c’est un humoriste que j’aime beaucoup. Après, on me décrit souvent comme plus féroce que lui. Je dirais juste que j’aborde des thèmes proches, avec ma faconde à moi.
Cette période de campagne électorale, ça doit être du pain bénit pour vous... Oui, c’est vrai que, là, on est dans le grand spectacle. Des fois, ça me désole, d’autres, ça m’exaspère, le plus souvent ça me fait rire. Parce que je ne suis pas un humoriste engagé, mais dégagé. J’ai toujours moqué les puissants qui se prennent trop au sérieux, et tous ces tartuffes du milieu politique ou médiatique, qui nous expliquent ce qu’il faut penser sans se soucier de ce dont on a vraiment besoin. Parce qu’on oublie, vite. J’entends dire que cette campagne est la pire qu’on ait jamais eu. Mais j’ai commencé mes chroniques radio en 2006, et à l’époque, il y avait le «tout sauf Sarkozy», les bisbilles entre Ségolène et les autres membres du PS...
Justement, votre passage à Bordeaux coïncide avec la sortie de votre nouveau livre, qui réunit bon nombre des textes écrits pour la radio. En effet. Je suis allé piocher dans ma “boîte à chroniques” pour éditer ce recueil. C’est comme ça que j’ai réalisé comme on oubliait vite : fut un temps où Sarkozy était populaire, un temps où Dati était Garde des Sceaux, un temps où DSK était donné comme déjà élu... Souvenez-vous l’écologie à la sauce “Borloo attitude”, souvenez-vous la «tolérance zéro», souvenez-vous la grippe H1N1... Je me suis rendu compte que j’étais finalement le seul humoriste à avoir chroniqué ce quinquennat de A à Z. Et avec le recul, je me dis : qu’est-ce qu’on a ri ! • Recueilli par Sébastien Le Jeune
Ce soir, à 20h30, 25€. Tél. 05 56 48 26 26. «Chronique d’un quinquennat - Devoir de mémoire» vient de paraître chez Michel Lafon. |